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Dimanche, 24 Mai 2009 00:25    PDF Imprimer
Le dollar risque de poursuivre sa descente aux enfers
Actualités - Economie

Le dollar vient de vivre une semaine désastreuse, conclue vendredi par un plus bas de l'année, et sa débandade risque de se poursuivre un certain temps car les déficits colossaux des Etats-Unis préoccupent de plus en plus les investisseurs.

La devise américaine a perdu près de 3,5% de sa valeur sur la semaine face à un panier de monnaies de référence et il a touché vendredi son plus bas niveau de 2009. Face à l'euro, elle a franchi le seuil de $1,40 pour la première fois depuis le 2 janvier.

A l'origine de ce dérapage se trouve le regain d'inquiétude pour la note "triple A" (AAA) des Etats-Unis, qui leur assure un financement relativement aisé sur les marchés financiers. Cette situation pourrait être remise en cause, comme c'est le cas depuis jeudi pour la Grande-Bretagne, l'agence Standard & Poor's ayant souligné le risque de voir le Royaume-Uni perdre ce fameux "triple A" en raison de l'envolée de sa dette publique.

Or les Etats-Unis sont dans une situation largement comparable en raison des dépenses engagées pour lutter contre la crise. De plus, les taux d'intérêt de la Réserve fédérale devraient rester proches de zéro pendant un certain temps afin d'adoucir les effets de la hausse du chômage et de la faiblesse de la croissance.

Cette situation commence à effrayer les investisseurs, et donc à les détourner des actifs américains: les rendements des bons du Trésor sont montés ces derniers jours à leur plus haut niveau depuis six mois et le dollar accuse désormais un repli d'environ 10% depuis mars.

QUESTIONS EXISTENTIELLES

"L'analyse technique incite à conclure que le dollar est survendu mais les gens commencent à se poser des questions existentielles au sujet des Etats-Unis", souligne T.J. Marta, fondateur et stratège de Marta on the Markets.

"La peur est liée aux moyens dont disposent les pouvoirs publics: ils financent le système bancaire, le secteur de l'assurance, le secteur automobile. A un moment donné, les gens vont dire: 'Mon Dieu, tout cela va-t-il finir par imploser?'".

Le Trésor prévoit d'emprunter 2.000 milliards de dollars cette année, l'équivalent de 14% du produit intérieur brut (PIB). De son côté, la Réserve fédérale s'est engagé à racheter pour 1.500 milliards de dettes hypothécaires ou émises par des agences fédérales et elle a entrepris de racheter directement pour 300 milliards d'emprunts du Trésor.

La situation du dollar pourrait se dégrader davantage dès la semaine prochaine si le Trésor rencontre des difficultés lors de ses nouvelles adjudications, d'un montant global de 101 milliards de dollars.

Juste après, le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, se rendra en Chine, le plus gros détenteur d'emprunts américains, et il s'emploiera à rassurer ses interlocuteurs sur la capacité des Etats-Unis à assurer la valeur du dollar en dépit de l'envolée des déficits.

Certains cambistes n'excluent plus désormais de voir l'euro atteindre 1,45 voire 1,60 dollar.

"Il y a une demi-douzaine de raisons de vendre le dollar. Tant qu'aucun élément ne modifiera pas l'enchaînement des événements, les investisseurs vont rester dans la course", estime Brian Dolan, stratège en chef de Forex.com.

La baisse du dollar n'est évidemment pas nouvelle. Il cède du terrain depuis plusieurs semaines, l'optimisme croissant pour le secteur financier l'ayant privé en grande partie de son attrait de valeur refuge.

LE BESOIN DE VALEURS REFUGES DIMINUE

Les investisseurs l'ont délaissé pour partir en quête de rendements plus intéressants, par exemple ceux des actions ou des devises plus rémunératrices, telles que le dollar australien ou le real brésilien.

Pour Steven Englander, stratège de Barclays Capital, le problème des déficits américains était secondaire tant que le dollar était considéré avant tout comme une valeur refuge, c'est à dire depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre.

Mais aujourd'hui, la santé du secteur financier s'est améliorée au point que les marchés ne redoutent une autre faillite bancaire de même ampleur, d'où le retour au premier plan des préoccupations liées aux finances publiques.

Ce revirement est d'autant plus inquiétant que les autorités politiques et monétaires de pays comme le Canada ou l'Australie, où même d'Etats membres de la zone euro, mènent des politiques plus prudentes, donc moins susceptibles de favoriser le creusement des déficits ou la résurgence de l'inflation.

"Tant que les investisseurs étaient pétrifiés par les risques liés à la crise, ce n'était pas un gros problème", dit Englander. "Maintenant, il sera difficile de les détourner des préoccupations à long terme."

Certains analystes prédisent toutefois un rebond du dollar en fin d'année, lorsque les mesures de relance favoriseront un début de reprise de l'économie américaine, permettant à la Fed de relever ses taux avant d'autres banques centrales.

Mais pour l'instant, toutes les tendances lourdes à l'oeuvre sur les marchés desservent la devise américaine.

"Si le flux de nouvelles est bon, les investisseurs ne seront plus allergiques au risque et n'auront plus besoin de la sécurité du dollar", résume Marc Chandler, stratège devises de Brown Brothers Harriman. "Si le flux de nouvelles est mauvais, les Etats-Unis seront dans une situation terrible et le déficit budgétaire va encore enfler. On voit mal ce qui pourrait contrer un tel raisonnement au cours des semaines à venir."


Source: Reuters 

 

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