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Samedi, 05 Décembre 2009 02:10    PDF Imprimer
La crise accroît les doutes des Américains sur le réchauffement
Actualités - Science

Les Américains, si l'on en croit les sondages, sont de plus en plus nombreux à penser que les activités humaines ne sont pas responsables du réchauffement climatique.

Certains milieux conservateurs, et leurs moyens d'action, ne sont pas pour rien dans cette attitude.

L'arrivée de Barack Obama à la Maison blanche et d'une majorité démocrate au Congrès a entraîné un changement de cap des autorités américaines en la matière; au refus de George Bush et des républicains de ratifier le protocole de Kyoto a succédé une certaine volonté de coopérer à la lutte contre le changement climatique.

A la conférence de Copenhague sur le climat, qui s'ouvre lundi et à laquelle Barack Obama prendra part mercredi, la délégation américaine prendra l'engagement de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des Etats-Unis de 17% en 2020 par rapport à 2005, soit de 3% par rapport au niveau de référence habituel, 1990.

C'est encore un pari, car le Congrès est loin d'avoir donné son feu vert. Mais pour les milieux scientifiques internationaux, un tel engagement est crucial car les Etats-Unis représentent un cinquième des émissions mondiales et sont le deuxième plus gros pays pollueur au monde après la Chine.

Dans certains milieux conservateurs américains, cependant, l'idée qu'il faille aller vers une "économie verte", comme le préconise Barack Obama, n'est pas du tout appréciée.

"L'idée d'un gouvernement mondial, qui semble être le sens du sommet (de Copenhague), ne nous intéresse pas", déclare Dale Robertson, fondateur du collectif "Tea Party", à l'origine d'une série de mouvements de protestation à travers le pays contre la politique d'Obama.

Les stations de radio évangélistes, dont les prêches et discussions attirent des dizaines de millions d'auditeurs, développent de manière récurrente l'idée que le réchauffement climatique est un "canular" qui ne repose sur rien sinon sur une volonté de nuire à l'économie et au mode de vie américains.

Ce thème fait vibrer une corde sensible en ces temps de crise financière et sociale, où le chômage dépasse les 10% aux Etats-Unis et où des géants de l'automobile comme General Motors ont failli mettre la clé sous la porte.

La relative popularité de la thèse du "canular" climatique fragilise la position des élus démocrates au Congrès, où, dans moins d'un an, auront lieu les élections à mi-mandat.

Car si la chambre des représentants a, de justesse, approuvé cette année un projet de loi sur l'environnement assorti d'un objectif de réduction des émissions de GES, il reste encore au Sénat à le faire - ce qui ne devrait être le cas qu'en 2010 - avant que Barack Obama ne puisse promulguer une telle loi.

FORTE PRESSION SUR LES SÉNATEURS

A en croire un sondage Washington Post-ABC rendu public en novembre, 72% des Américains interrogés pensent que le réchauffement climatique a bel et bien lieu, soit sensiblement moins que les 80% de 2008.

Mais même si les Américains acceptent en majorité l'idée que les températures moyennes montent, ils sont beaucoup moins à penser que ce phénomène est dû à l'homme.

Selon un sondage de l'institut Pew publié en octobre, 57% des personnes interrogées estimaient qu'on avait la preuve que la Terre se réchauffait, contre 71% en avril 2008. Mais 36% des sondés attribuaient ce réchauffement aux activités humaines, contre 47% l'an dernier.

Il sera ainsi plus difficile de "vendre" à l'opinion publique américaine un plafonnement des émissions de GES américaines. Barack Obama tient tout particulièrement à ce que le Sénat adopte la loi sur les émissions, mais certains sénateurs dont les sièges seront remis en jeu en novembre 2010 n'auront pas la partie facile à cause des questions d'environnement, comme c'est déjà le cas pour d'autres du fait du projet de réforme du système de santé.

"Si le Sénat se prononce sur le projet de loi sur le climat à un moment ou l'autre l'an prochain, Barbara Boxer, élue de Californie, Michael Bennet, du Colorado, Blanche Lincoln, de l'Arkansas, Arlen Specter, de Pennsylvanie, et Harry Reid dans le Nevada risquent tous d'être dans une mauvaise passe, en fonction, bien sûr, de la façon dont ils voteront", estime Jennifer Duffy, de la lettre d'information indépendante et non partisane "Cook Political Report".

Le sénateur Joseph Lieberman, classé comme indépendant, a déclaré jeudi que les négociateurs du Sénat n'étaient sur aucun point du projet de loi près de rédiger les détails d'un compromis. Au moins deux importantes commissions du Sénat, les Finances et l'Agriculture, ne se sont pas encore penchées sur la partie du projet de loi qu'elles doivent examiner, a-t-il dit.

Tant que cela n'aura pas été fait, aucun compromis de projet de loi pouvant être soumis à un vote général ne sera rédigé, précise Joseph Lieberman.

De l'avis des analystes, le scepticisme croissant de l'opinion publique envers les questions climatiques s'explique pour partie par la récession et la montée du chômage.

"Jusqu'à voici deux ans, les gens se sentaient relativement aisés et en sécurité, ils étaient disposés à considérer le changement climatique comme un problème auquel nous devions faire face. Mais maintenant qu'ils se sentent moins fortunés et fragilisés, ils sont sceptiques", résume Cal Jillson, professeur à la Southern Methodist Université de Dallas, au Texas.

Source: Reuters

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